Comme un air de Bach : Johann Christoph, Bernhard, Michael et Sebastien


En 1724, Johann Sebastian Bach a 39 ans et il s’installe à Leipzig où il restera jusqu’à la fin de ses jours. C’est un tournant considérable dans sa carrière, lui qui venait de passer 8 ans au service du prince d’Anhalt-Köthen où il composa presque exclusivement de la musique instrumentale (la confession calviniste de la cour interdisait la musique aux offices religieux), il se retrouve maintenant Cantor des deux principales églises de la ville et doit désormais enseigner la musique aux élèves de Saint Thomas et fournir une quantité de musique considérable pour les offices et les cérémonies particulières. Le Collegium Musicum est d’un niveau bien supérieur aux autres formations du même genre qu’il a eu sous sa direction les années précédentes, et Bach va pouvoir donner avec satisfaction des partitions très exigeantes, profitant également du passage de nombreux solistes attirés par une ville en effervescence. La première oeuvre qu’il y donnera à sa prise de fonction n’est autre que la Passion selon Jean, faisant à peine oublier à ses supérieurs leur désillusion de ne pas avoir pu séduire Telemann ou Graupner et de devoir se contenter d’un moins bon musicien ! Les tensions entre Bach et les représentants de la ville ne sont pourtant qu’à leurs prémices, mais elles n’entraveront pas la force créative de celui qui est maintenant considéré comme le père de la musique.

Ce musicien nous touche d’autant plus qu’il s’est toujours attaché à la transmission et à la conservation du patrimoine. Il n’a eu de cesse de former de jeunes claviéristes et compositeurs à l’instar de ses fils célèbres, Carl Philippe Emanuel, Wilhelm Friedemann ou Johann Christoph Friederic et il a toujours eu beaucoup de respect et d’humilité vis à vis de ses prédécesseurs dont il a copié et étudié les œuvres dans sa jeunesse mais qu’il a continué à mettre à l’honneur alors que sa réputation était déjà bien établie..

Même si Johann Sebastian lui même fût presque oublié jusqu’au 19ème siècle, on peut s’étonner qu’après 70 ans de « reconquête » de la musique baroque,les noms de Johann Christoph Bach (1642-1703), Johann Michael Bach (1648-1694) et Johann Bernhard Bach (1676-1749) ne soient connus que d’une poignée de spécialistesLe programme que nous vous présentons met à l’honneur les cantates « Nun komm der heiden heiland » BWV 62 et « Ach Herr, mich armen Sunder » BWV 135, tout deux créées lors de la saison 1724/1725 et qui s’inscrivent dans un nouveau cycle de Cantates-Chorals, certainement élaboré en partenariat avec le clergé de Leipzig qui souhaitait commencer chaque service par « un cantique évangélique et luthérien, bon, beau et ancien » et faisant écho à un anniversaire important dans la vie musicalo-lithurgique : les 200 ans de la parution du premier recueil imprimé de chants pour l’église évangélique. Cet attachement pour l’art des anciens nous a conduit naturellement à insérer dans ce programme quelques motets et airs de Johann Christoph et Johann Michael Bach. Les cantates de Bach étaient avant tout destinées au culte et aussi sublimes soient-elles, il faut aujourd’hui les reconnecter à un moment de concert et de théâtre lorsqu’on les exécute dans un cadre profane. Ces oeuvres ajoutées, nous permettent de créer le lien nécessaire et de donner le rythme du concert, car si l’esprit musical est le même, les effectifs et les couleurs changent et les musiciens peuvent aussi se mettre en mouvement en interprétant plusieurs fois le motet “Mit Weinen hebt sichs an”, dont sa mélodie lancinante et mystique, sera interprétée à 4 voix a capella, aux cordes seules, ou au grand orgue, permettant une mise en relief et une spatialisation.

Enfin, l’ouverture en sol mineur de Johann Bernhard Bach sera l’occasion de faire briller les 9 instrumentistes. L’oeuvre originale fait la part belle au 1er violon mais nous avons choisi de mettre en valeur notre effectif et de distribuer également les solos au hautbois, au basson et à l’orgue.


Programme détaillé


Johann Christoph Bach Mit Weinen hebt sichs an

Johann Sebastian Bach BWV 62 Nun komm der heiden heiland

Johann Michael Bach Aria pour alto Auf, lasst uns den Herren loben

Johann Bernhard Bach Ouverture en Sol mineur

Johann Michael Bach Aria pour soprano Ach wir Sehnlich wart ich der Zeit

Johann Sebastian Bach BWV 135 Ach Herr, mich armen Sunder

Johann Michael Bach Halt, was du hast